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Tam -Tam Village
Le blog de Chantal
Baoutelman
Ils sont Africains, Maghrébins ou Asiatiques. Ils se
réunissent deux fois, parfois plus, au rez-de-chaussée du Foyer Saint-Joseph des Quatre Routes pour une soirée assez studieuse. A l’heure où beaucoup dînent devant le journal télévisé, ces hommes
et femmes, tous immigrés et travailleurs ou demandeurs d’emploi, suivent les cours d’alphabétisation de l’association A.P.A.T.I. (Association pour la Promotion et l’Accueil des Travailleurs
immigrés). Je fais partie de l’équipe des bénévoles, appelés « moniteurs », qui assurent ces cours. Voici mon journal de bord.
Octobre 2009, un mercredi soir. Il est 20h. Je suis en retard comme d’habitude mais excitée d’avoir une classe entière, à moi. Je me dépêche en réfléchissant à mes premiers mots.
A 20h10, toute haletante, je pousse les portes de la salle paroissiale du 182 rue du Ménil à Asnières-sur-Seine, en région parisienne. Quelques groupes travaillent. J’ai peur de déranger et me tiens debout à l’entrée, jusqu’à ce qu’une femme apprenante signale ma présence à celui qui semble être le responsable. L’homme, d’un certain âge, se lève pour venir à ma rencontre.
Il me demande si je viens pour les cours. J’acquiesce. Il prend alors un cahier et de quoi écrire, me les donne et me demande de m’asseoir dans son groupe. Je comprends, à ce moment seulement, qu’il y a un malentendu. J’explique à mon interlocuteur que je viens DONNER des cours. Son visage s’éclaire et il lance un « Bah, ça change tout ! » plein de surprise avant de reprendre « J’ai tellement l’habitude de voir les Africains venir prendre des cours que je n’ai pas réalisé que vous pouviez être une formatrice. ».
Après quelques mots de bienvenue, monsieur Le Belhomme, comptable et gérant de l’association A.P.A.T.I., me met le pied à l’étrier. Je reçois mon guide pédagogique et me retrouve cinq minutes plus tard face à un groupe d’hommes et femmes, dont certains pourraient être mes parents. C’est assez désarmant. Adieu mon petit discours préparé sur le chemin. L’heure est à l’improvisation : il faut faire les choses comme elles viennent, comme on le sent, pour apprivoiser ce nouveau public.
En effet, jusqu’ici, je n’avais jamais donné de cours d’alphabétisation à des adultes. J’étais plutôt habituée à faire du soutien scolaire auprès d’enfants ou de jeunes natifs Français et donner des cours de français langue étrangère (F.L.E) à des étrangers scolarisés. Je suis, par conséquent, totalement novice.
Ma première soirée avec mes « auditeurs », comme on les appelle à l’association, m’a donc quelque peu ébranlée. Je découvre avec surprise que ces adultes, pères et mères de famille, pour la plupart, peinent à aligner deux mots en français.
Mieux, en les aidant à lire leurs leçons dans le manuel Lecture et vie, je m’aperçois qu’ils n’arrivent même pas à lire des mots simples comme « bonjour », « table », « papa » ou encore « merci ». Je commence à perdre patience lorsqu’une dame, d’origine algérienne, installée en France depuis plus de vingt ans, m’ouvre les yeux sur les difficultés de leur apprentissage. « C’est dur pour nous. On n’est pas comme les enfants qui apprennent et mémorisent rapidement. On a beaucoup de sujets de préoccupations et notre cerveau nous joue des tours. C’est donc assez compliqué de retenir les choses » m’explique-t-elle.
Il n’en fallait pas plus pour piquer ma curiosité. Je lui demande pourquoi elle vient à l’association. « Je parle français à la maison et au travail. Je garde des enfants dans une famille bien française. Alors, j’ai appris beaucoup de mots avec les petits. Je viens ici pour apprendre à écrire surtout.» me confie Madame A. qui a entrepris de raconter dans un petit carnet ses journées de travail, afin de s’exercer. Je suis admirative.
Moi, qui étais sceptique au début de mon cours, je repars, ce soir-là, décidée de consacrer mes mercredis à l’association.
Les cours d’alphabétisation pour une meilleure intégration
Il faut dire que ces cours sont très importants pour nos auditeurs. Ils leur donnent, en effet, les bases en écriture, lecture, calcul, expression et compréhension pour mieux appréhender le monde dans lequel ils vivent.
Pour la plupart, l’association est le seul endroit où ils peuvent parler français. Alors, ils viennent deux voire plusieurs fois par semaine pour consacrer du temps à leur apprentissage.
Monsieur X, par exemple, vient les lundis et mercredis soirs. A 50 ans, ce père de trois enfants, d’origine marocaine, travaille dans le nettoyage et a peu d’occasion de pratiquer la langue de Molière : il travaille seul et ne parle que l’arabe à la maison. « Je viens ici pour parler et lire » me dit-il.
Madame B, de la Guinée Bissau, a, quant à elle, besoin du français pour travailler et aider ses filles à faire leurs devoirs. « J’ai déjà commencé avec la plus petite qui est au CP.» déclare, avec fierté, cette maman de six enfants.
Or, si les deux premières compétences (lecture et écriture) sont assez bien exploitées à l’association grâce au manuel Lecture et vie, il y a peu de place pour les discussions. Notre méthode consiste, en effet, à faire lire les auditeurs pour travailler leur prononciation et le vocabulaire puis à les faire recopier le texte, pour l’écriture.
Le manuel a plus de dix ans mais il aborde des thématiques de la vie quotidienne comme lire l’heure, une recette de cuisine, un journal, un plan, une ordonnance, les petites annonces etc. L’idéal serait de compléter cette méthode par un débat, un échange autour de ces sujets. J’avoue qu’on n’a pas toujours le temps de le faire. Entre les auditeurs qui changent à chaque cours et les différences de niveaux, on n’avance pas au même rythme : quand deux personnes lisent, l’une recopie son texte et l’autre a tout fini. Dans ces conditions, c’est assez problématique de proposer une activité à l’ensemble du groupe.
Mais, on commence à le faire de plus en plus. J’anime les niveaux 1 et 2 composés des faibles et moyens de l’association, qui ont exprimé leur désir de parler davantage.
J’ai donc intégré une demi-heure de conversation après l’heure de lecture et d’écriture. On discute des choses pragmatiques comme se présenter, remplir un chèque, faire un recommandé tout en révisant l’alphabet, les jours de la semaine et les mois de l’année.
Espérons que cela les rendra plus autonomes dans la rue, au travail, dans les supermarchés, les transports etc.
D’autres associations, comme l’Equipe Saint-Vincent de Paul Alpha 14, ont présenté certains adultes qui prennent des cours avec elles, à l’examen du DILF : diplôme initial de langue française. Ce diplôme, délivré par le ministère de l’éducation nationale, est demandé et reconnu par la préfecture pour accorder une autorisation de travail aux étrangers.
Le DILF atteste d’un premier niveau de maîtrise en français (niveau A1.1 du Cadre européen commun de référence, CECR, pour les langues du Conseil de l’Europe).
Madame C, d’origine égyptienne, a obtenu son DILF l’année dernière. Elle raconte : « Pendant mes cours, j’ai appris à me servir d’un ordinateur et à mieux connaître la culture française. » Cela est indispensable surtout pour cette jeune femme, qui a déposé un dossier d’agrément pour travailler comme assistante maternelle. Son souhait : se présenter au niveau 2 du DILF.
Les auditeurs d’ A.P.A.T.I. suivront peut être son exemple, qui sait…
A.P.A.T.I
12, rue Leconte
92270 Bois-Colombes
Monsieur Le Belhomme
01 47 80 28 86
Equipe Saint-Vincent de Paul Alpha 14
Espace social de Vercingétorix dans le 14e à Paris
Mme BORGIS
01 43 21 77 92
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